Jacques Offenbach

Né le 20 juin 1819, Jacques Offenbach de son véritable nom : Jacob Eberst, c’est à son père qu’il doit le nom d’emprunt sous lequel nous le connaissons, Offenbach venant de l’appellation « Der Offenbacher » et qui signifie « le natif d’Offenbach », petite ville près de Francfort. C’est au cours de l’année 1833 que son père, se souciant de son avenir musical, le conduit avec son frère Julius à Paris, capitale considérée à cette époque comme le « phare culturel » le plus imposant du monde. Or, c’est de façon assez inexpliquée qu’il réussit à le faire entrer dans la classe de violoncelle du Conservatoire alors placée sous la direction du célèbre Cherubini et ceci malgré la règle absolue de n’y accepter aucun élève étranger. Ayant substitué le prénom de Jacques à celui de Jacob, le jeune Offenbach est très rapidement séduit par l’activité théâtrale de la capitale et de surcroît, de plus en plus fasciné par l’Opéra-Comique et c’est avec assez de facilité qu’il parvient à s’y faire engager dans le pupitre des violoncelles à l’orchestre alors qu’il n’a encore que quinze ans.

La création de son premier ouvrage théâtral qui est un vaudeville, Pascal et Chambord (1839) lui fait subir un vif échec que Les Fables de La Fontaine (1842) – suite de courtes pièces pour chant et piano – viendront faire oublier. En 1849 Arsène Houssaye, directeur de la Comédie-Française, lui offre le poste de chef d’orchestre, lui demandant en outre de composer les musiques qui devront intervenir lors des prologues et entractes des œuvres qui y sont interprétées, telles Valeria de Lacroix et Moquet (1851) ou Le Chandelier de Musset pour laquelle nous trouvons la célèbre Chanson de Fortunio. Cependant, ayant la volonté de se faire interpréter au théâtre de l’Opéra-Comique, il délaisse peu à peu son poste à la Comédie – Française, d’autant plus que ses relations avec les sociétaires de ces lieux se dégradent petit à petit.

Le 4 juin 1855, la Préfecture donnant raison à ses espoirs, l’autorise à créer des spectacles pour deux chanteurs et cinq danseurs au maximum. C’est donc le 5 juillet 1855 que le nouveau théâtre qui se nomme désormais « Les Bouffes-Parisiens » présente pour sa première soirée d’inauguration un prologue d’ouverture, Entrez Messieurs, Mesdames, deux pièces en un acte, Une Nuit blanche, Les Deux Aveugles puis un ballet-bouffe tiré du Barbiere de Rossini, Arlequin Barbier. Face au succès et se trouvant obligé de déménager afin de loger plus confortablement sa troupe, Offenbach décide de se fixer dans une salle du Passage Choiseul – actuel théâtre des Bouffes-Parisiens – et c’est au cours du mois de décembre qu’est représenté Ba-ta-clan, chinoiserie musicale en un acte qui sert également à l’inauguration de ce nouveau lieu.

Suite à la production d’un grand nombre de petits ouvrages tels Tromb AI-ca-zar (1856) ou Croquefer ou le Dernier des Paladins (1857), Offenbach remporte à nouveau un grand succès avec Mesdames de la Halle (1857) qui est la première pièce faisant appel à plusieurs solistes et un véritable chœur. Mais la gloire du compositeur se fondera sur sa collaboration avec les librettistes Hector Cremieux (1828-1892) et Ludovic Halevy (1834-1908) pour la création d’un opéra qui restera le sommet de son inspiration musicale et le premier grand succès des éditions Heugel – actuellement Leduc – à savoir Orphée aux Enfers (1858). La partition sera remaniée en 1874 sous la troisième République en une version en quatre actes et douze tableaux sous l’appellation d’opéra-féerie.

 Grâce au travail commun de Ludovic Halevy et de Henri Meilhac (1831 – 1897) vont bientôt naître les opéras-bouffes les plus célèbres du compositeur, symboles de l’esprit incohérent et burlesque du Second Empire de Napoléon III. La première de ces œuvres lyriques est La Belle Héléne (1864) dont le succès est immédiat, puis viendront successivement Barbe-Bleue (1866), La Vie Parisienne (1866), La Grande Duchesse de Gerolstein (1867), Robinson Crusoé (1867) et L’île de Tulipatan (1868). La série d’ouvrages énoncée ici ne peut bien évidemment être exhaustive dans la mesure ou grand nombre de petits opéras furent écrits au cours de ces mêmes années. Néanmoins, Offenbach ne perdant pas de I’esprit son intention de création pour l’Opéra-Comique, La Perichole inspirée de la nouvelle Le Carrosse du Saint-Sacrement de Prosper Mérimée (1803 – 1870) dont la première version en deux actes date de 1868 et la seconde en trois actes de 1874, marque une volonté de se tourner vers un style beaucoup plus romantique. En outre, cette période aura vu se concrétiser la gloire de certains artistes lyriques qu’il aimera à entendre interpréter ses créations tels Zulma Bouffar ou bien Hortense Schneider (1833-1920) qui se fera surnommer « La Grande Duchesse de Gerolstein ». En ce qui concerne Les Brigands (1869), il s’agit du dernier opéra-bouffe représentatif de cette époque impériale éprise d’excentricité.

La catastrophe de Sedan, en 1870, ayant vu la défaite de l’armée française devant les troupes prussiennes puis l’occupation de Paris par ces derniers, Offenbach se trouva obligé de fuir pour quelques temps. C’est à Vienne en Autriche qu’il continuera à se faire interpréter. Mais très vite de retour dans la capitale française, il doit s’adapter aux nouveaux goûts du public pour le féerique. Ainsi nait Le Roi Carotte (1872) dont le livret est de Victorien Sardou (1831 – 1908), futur auteur de la Tosca (1887) que reprendra Giacomo Puccini (1858 – 1924) et Le Voyage dans la Lune (1875) inspiré des écrits de Jules Verne (1828-1905). Etant devenu en 1873 le directeur du théâtre de la Gaité après avoir quitté les directions successives des Bouffes-Parisiens et des Variétés, Offenbach renoue avec le genre bouffe en créant dans le courant de l’année 1874 Madame l’Archiduc qui évoque de par la trame de son livret la Grande Duchesse de Gerolstein mais qui s ‘abstient de sombrer dans le burlesque tel qu’il était possible de le faire sous l’Empire. Pourtant, malgré une fréquentation importante du public parisien et les vifs succès remportés par la nouvelle version de Orphée aux Enfers, la faillite du théâtre de la Gaité est inévitable. C’est alors qu’il accepte le 21 avril 1876 de s’embarquer pour les Etats-Unis afin d’y organiser divers concerts. De retour en France, accusé d’avoir raillé la République lors de son voyage outre atlantique, la presse se charge de saper une des figures les plus représentative du Second Empire parlant de lui comme ce « Prussien Herr Offenbach ». Ainsi, le gouvernement de « l’ordre moral » interdit « La Grande Duchesse ».

j.offenbachLa dernière grande œuvre du compositeur est l’opéra-fantastique Les Contes D’Hoffmann qui sera représenté après sa mort le 10 février 1881 à l’Opéra-Comique. Il s’agit d’un ouvrage « sérieux » enfin concrétisé. Inspirés des récits de E.T.A. Hoffmann (1776-1822), le livret est quant à lui signé par Jules Barbier (1825-1901). Offenbach étant mort dans la nuit du 4 au 5 octobre 1880 puis inhumé au cimetière de Montmartre à Paris avant d’avoir pu achevé la dernière partie de l’opéra, l’orchestration sera achevée par Ernest Guiraud, celui qui orchestrera également les récitatifs de Carmen de Georges Bizet.

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